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Espace sémantique du mot TRAVAIL avec le Dictionnaire Électronique des Synonymes (DES) dans le cadre de la lettre d'actualité n°7 du DES

2019-12

Description :
Focus sur TRAVAIL

De juillet à septembre 2019, TRAVAIL a été recherché de 2800 à 4100 fois chaque mois. Il apparait de la 30ème à la 40ème place des mots les plus recherchés. Nous vous proposons avec Nicole Le Querler, professeure émérite du CRISCO, de décrypter ce mot au travers de son étymologie.

Dans le DES, parmi les 125 cliques de synonymes du mot travail on trouve accouchement, enfantement, gésine. On dit en effet d’une femme qui accouche qu’ « elle est en travail », et que dans cette situation « le travail a commencé ». De même, la salle d’accouchement est appelée salle de travail. Cette acception du mot travail est très ancienne en français et elle est liée à l’étymologie du mot : travail en effet est un déverbal de travailler, verbe attesté en français dès 1060 et issu du bas-latin trepalium. Un trepalium était une machine composée de trois pieux, qui pouvait être utilisée comme instrument de torture. Le mot est formé de tre, trois, et palus, le pieu. C’est de palus qu’est issu le mot français pal, attesté depuis 1351, qui désigne un pieu acéré à une extrémité, utilisé au Moyen-Age comme instrument de torture. À partir de pal est formé le verbe empaler. En latin classique, trepalium n’existe pas, mais on trouve palus, le poteau, et trepalis, adjectif signifiant « qui a trois échalas ». L’échalas est un pieu, une perche, un piquet, un tuteur, utilisé pour maintenir droits des plants de culture ou des ceps de vigne.
L’étymologie de travail, dans laquelle la torture est omniprésente, explique la proximité sémantique entre travail et accouchement : les douleurs de l’enfantement sont comparables à une torture.
Dans la même sphère plutôt péjorative des effets de sens de travail, on trouve son emploi dans l’expression travaux forcés. Il est vrai que le premier sens de travail, le seul d’ailleurs jusqu’au XVIIe siècle, était « état de celui qui souffre, qui est tourmenté ». C’est le sens qui prévaut dans l’expression les douze travaux d’Hercule (ici travaux est employé au sens de « activités pénibles et périlleuses qui apportent de la gloire »). C’est aussi la valeur qui prévaut dans ses emplois au sens de labeur, besogne, et dans ce cas la composante « gloire » de l’effet de sens est effacée. L’expression basse besogne accentue encore le trait péjoratif, de même que dans l’expression basses œuvres. De la même façon, les synonymes corvée ou pensum appartiennent à cette sphère d’effets de sens péjoratifs.
C’est aussi à partir de trepalium que l’on comprend le sens technique de travail : le mot désigne une machine permettant d’immobiliser de grands animaux, chevaux ou bœufs difficiles, pour les ferrer ou les soigner. Victor Hugo en donne un exemple intéressant : « À propos de chevaux, il paraît qu’ils sont fort méchants en Flandre, ou les Flamands fort prudents, car on ne les ferre, dans tous les villages où j’ai passé, que dans un travail des plus solides, non en chêne, mais en granit. » (Belgique, V). Dans cet emploi, le pluriel est travails. D’autres emplois du mot travail ne sont pas péjoratifs, ils sont au contraire valorisants : quand on parle du travail d’un artiste, on parle de son œuvre, parfois de son chef-d’œuvre. Par ailleurs, dans ce cas, la valeur aspectuelle du mot est une valeur résultative.
D’autres emplois encore sont neutres (ni valorisants, ni péjoratifs) : ce sont les emplois au sens de métier, fonction, profession, situation par exemple. Alors la valeur aspectuelle de travail est une valeur d’activité. Ainsi, à partir de l’étymologie et de l’évolution historique du mot travail, on comprend l’écart sémantique entre les effets de sens péjoratifs et les effets de sens valorisants, qui paraît étonnant au premier abord. L’emploi au sens de « activités pénibles et périlleuses qui apportent de la gloire » (les douze travaux d’Hercule) fait le lien entre ces deux sphères opposées. Et les emplois neutres (ni péjoratifs, ni valorisants) n’appartiennent à aucune des deux sphères, mais ils sont extrêmement fréquents.
TRAVAIL possède 88 synonymes dans le DES.
Sources : Grand Robert de la langue française, Petit Larousse, Robert historique de la langue française, CNTRL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales), Dictionnaire latin-français Gaffiot.
Mots-clés : Synonymes Dictionnaire DES


https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02406963
Contributor : Laurette Chardon Connect in order to contact the contributor
Submitted on : Thursday, December 12, 2019 - 12:01:12 PM
Last modification on : Wednesday, November 3, 2021 - 7:01:51 AM
Long-term archiving on: : Friday, March 13, 2020 - 9:40:52 PM